Les anciennes carrières de la Tour en Bêche
Chronique N°3 - Mars 2022
Le petit peuple de l'herbe !
Lors des deux premières chroniques, nous avons pu découvrir que le site des Terres Rouges regorge de milieux très diversifiés, abritant une végétation particulière. Cette végétation qui entretient une relation très intense avec le sol et les éléments qui le composent est à la base de la chaîne alimentaire.
Les végétaux sont aussi appelés producteurs. Ils produisent l’oxygène, indispensable à la vie sur terre. Mais ils sont aussi une source de nourriture pour un grand nombre d’espèces animales. La présente chronique vous propose de plonger au cœur de ce microcosmos.
Voici quelques-unes de ces rencontres :
N’hésitez pas à profiter de ces chroniques pour partager votre expérience et vos rencontres sur ce site. On ne protège bien que ce que l’on connaît !
La présente chronique vous propose de plonger au cœur de ce microcosmos.
En mai, sur le dessus du mur d’escalade, vous aurez peut-être l’occasion d’observer la délicate Cétoine dorée (Cetonia aurata). Ce coléoptère de 2 cm, à la couleur vert métallisé visite les fleurs à la recherche de pollen et de nectar.
Les larves quant à elles, se nourrissent de bois mort et jouent un rôle important dans le recyclage de la matière. C’est une espèce protégée qui fut à la limite de l’extinction mais qui grâce à la généralisation du compostage et du broyage systématique des déchets de taille se porte mieux de nos jours.
À l’heure où les arbres se couvrent de feuilles, la lumière se fait plus rare en sous-bois. Pourtant ça et là, des taches de lumière subsistent, une aubaine pour certains papillons qui s’y installent et nous font profiter de leurs belles couleurs, comme ce Thécla de la Ronce (Callophrys rubi).
Guêpe ou mouche ? Ce Xanthogramma citrofasciatum fait partie de la famille des Syrphes, groupe de mouches ayant adopté la tenue des hyménoptères tant redoutés. Pourquoi ? Mais pour se protéger des prédateurs. Ce contraste de couleurs vives informe le prédateur de leur possible toxicité ; noir et jaune ou noir et rouge sont des couleurs dites "aposématiques". Cette espèce qui aime les pelouses sèches et ensoleillés est assez rare en Belgique. Les larves vivent au sein des colonies de fourmis noires (Lasius niger).
Des fourmis, vous en croiserez très probablement le long des sentiers de ce parcours. Des rousses, des noires, des jaunes ou encore des brun-rougeâtres comme ici avec cette espèce du genre Myrmica occupée à "traire" des pucerons de la tanaisie (Metopeurum fuscoviride). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces fourmis ne sont pas en train de se nourrir de pucerons mais récolte le miellat (sucre liquide) produit par ces derniers.
En lisière forestière, de petits papillons aux reflets métalliques volettent en essaim, ils montent et descendent sans arrêt dans la lumière du soleil. Les mâles sont reconnaissables à leurs très longues antennes. Les avez-vous déjà croisé ? Il s’agit de l’Adèle verdoyante (Adela reaumurella) en pleine parade nuptiale qui se tient d’avril à mai. La chenille, plus discrète, vit dans un fourreau construit dans un morceau de feuille, dans la litière de feuilles en décomposition, dont elle se nourrit.
Sur les tabourets calaminaires (rencontrés lors de la précédente chronique) vous pourrez observer les larves (en avril-mai) ou les adultes (en septembre) de la Galéruque de la Tanaisie (Galeruca tanaceti). Un insecte proche des coccinelles mais appartenant à la famille des Chrysomelidae. Cette famille vous la connaissez, sisi. À partir du moment où vous cultivez vos pommes-de-terre vous avez déjà été confronté à une autre espèce de cette famille… Le doriphore.
Tout n’est pas toujours tout rose au sein de ce microcosme, de nombreux prédateurs hantent les lieux. L’Epeire diadème (Araneus diadematus) est bien connue de tous grâce à sa croix blanche ornant son abdomen. Cette araignée fait partie des araignées à toile géométrique, toile qu’elle refait tous les jours pour piéger mouchettes, moustiques, pucerons et…
Cette autre épeire, à l’abdomen tout bosselé fait également partie des araignées à toiles géométriques. L’Epeire à bosses (Gibbaranea bituberculata) est assez rare chez nous mais elle est bien présente le long du talus au début du parcours.
Pour terminer cette chronique, quelques mots sur cette créature appartenant à un groupe souvent détesté, celui des mollusques. Pourtant, cette limace léopard (Limax maximus) peut s’avérer très utile car elle est omnivore. Elle nettoie la nature en se nourrissant de carcasses mortes, de restes de plantes, de champignons et de déchets organiques, mais aussi de nourriture pour chiens ou chats. Mais se délecte également d'autres limaces et de leurs œufs. Un vrai prédateur !
Chronique N°2 - Janvier 2022
Quand les plantes prennent la parole !
Saviez-vous que les plantes peuvent nous parler ? Attention pas au sens où nous l’entendons, pas avec des mots mais avec le temps, nous avons appris à comprendre leurs besoins. Et si une plante se plait à un endroit, c’est qu’elle y trouve tous les éléments dont elle a besoin pour assurer sa survie.
C’est ainsi que la grande ortie (Urtica dioica) préfèrera les sols enrichis en azote, tout comme les chardons ou encore les ronces. D’autres espèces, plus exigeantes nous apporteront des informations précieuses sur la nature des sols que l’on peut rencontrer tout au long de ce parcours et sur les activités humaines qui se sont déroulées en ce lieu.
Voici quelques-unes de ces rencontres :
N’hésitez pas à profiter de ces chroniques pour partager votre expérience et vos rencontres sur ce site. On ne protège bien que ce que l’on connaît !
Le parcours débute à proximité du parking du terrain de football, et dès les premiers mètres, la végétation nous rappelle le lourd passé industriel de ce site. Cette petite pelouse à la végétation assez rase, située sur notre droite est le témoin de ce passé.
La roche calcaire et le sel d’alun ont été exploités sur l’ensemble du site entre 1650 et 1850. Comme dans toute exploitation, il y a formation de résidus qui ont fini par être stockés dans les fosses d’extraction. Les terrils en sont de bons exemples.
Le tabouret calaminaire (Noccaea caerulescens), une plante de la famille des choux (Brassicacées) s’accommode fort bien de sols pollués en métaux lourds comme le Zinc et le Plomb. Deux éléments qui devaient surement être présents ici avant l’assainissement du site en 2001. Cette espèce est protégée car elle est considérée comme rare.
Le Silène enflé (Silene vulgaris) pousse régulièrement dans des sites rudéralisés (ayant connus l’action humaine) ou les éboulis calcaires. Mais cette espèce tolère aussi des sols chargés en métaux lourds.
La clématite des haies (Clematis vitalba) a été déclinée en d’innombrables variétés horticoles mais à l’état sauvage, c’est une liane qui se pare de petites fleurs blanc-jaune. Sa présence tout au long de ce sentier nous confirme la nature calcaire de la roche. (Photo = Fruits en automne)
La clématite des haies (Clematis vitalba) est parfois appelée "Herbe aux gueux" dont l’origine vient de l'usage que les mendiants, au Moyen Age, faisaient de ses feuilles irritantes pour s'infliger volontairement des ulcères afin de susciter la pitié.
Peu après le mur d’escalade, un petit sentier escarpé nous remonte sur le haut du site. Sur notre droite, niché entre les blocs de calcaire, le Dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria) étale ses petites fleurs aux pétales blancs verdâtres. Cette espèce rare, aime les sols calcarifères. Elle doit son nom à une vieille croyance qui lui accordait le pouvoir de soigner les morsures de vipères. Cette plante est toxique, les racines sont vénéneuses.
Sur le dessus du mur d’escalade, vous pourrez peut-être observer cette plante aux allures de pissenlit puisque appartenant à la même famille, les Asteracées. Le feuillage est un peu particulier chez cette Epervière précoce (Hieracium glaucinum) car des taches goudronneuses couvres les feuilles disposées en rosette basale. Cette espèce rare, aime les sols calcarifères.
Pour terminer cette chronique botanique, quoi de mieux qu’une orchidée, l’Epipactis à larges feuilles (Epipactis helleborine), aux fleurs verdâtres surlignées de pourpre. Il s’agit de l’orchidée la plus commune et la moins exigeante de cette famille. Cette espèce est très courante dans les sites rudéralisés. Mais comme toute orchidée, elle est protégée. L’avez-vous déjà croisé ?
Chronique N°1 - Novembre 2021
Prélude
Ce site que les anciens appellent encore "Les Terres Rouges", logé sur les contreforts de la vallée mosane, au pied des terrains de la Football Académie d’Engis, est constitué d'un vaste ensemble d'anciennes carrières (anciennes alunières).
La commune, dans le cadre de son projet PCDR visant à aménager un parcours VITA et un Sentier Nature, a sollicité mon aide et celle des élèves suivant la formation Guide Nature à l’IPEPS Huy-Waremme pour identifier les pôles d'intérêts dans un premier temps mais aussi (à moyen terme) proposer l’une ou l’autre balade guidée.
À plusieurs reprises, j'ai arpenté les recoins de ce site de 30 ha, seul ou en compagnie de mes élèves. Et le moins que l'on puisse dire est que ce site me réserve des surprises à chaque visite.
Voici quelques-unes de ces rencontres :
N’hésitez pas à profiter de ces chroniques pour partager votre expérience et vos rencontres sur ce site. On ne protège bien que ce que l’on connaît !
Le sentier commence au pied de ces bouleaux qui vont très vite laisser la place à une pelouse très intéressante, témoin du passé industrielle de la région.
Une érablière de ravin. Les forêts de pentes sont des habitats rares liés à des conditions environnementales particulières et marginales qui abritent principalement une flore herbacée d’ombre. Ces érablières sont le refuge d’espèces qui apprécient les ambiances humides et qui profitent d’un habitat tamponné frais, à l’abri des vents et de l’ensoleillement direct.
Des zones d’éboulis résultant de l’activité humaine.
Des fourrés à prunelliers, ronces et aubépines que l’on appelle également des fruticées se rencontrent souvent sur les coteaux calcaires, les terrils et les pelouses sèches abandonnées, et peuvent rapidement coloniser les milieux en l’absence de gestion.
Il s’agit du type de fourrés le plus intéressant pour la biodiversité car de nombreux animaux dépendent de ces arbustes pour leur développement. Les fleurs de ces arbustes sont une source importante de nourriture pour les insectes pollinisateurs. Les baies nourricières et les épines protectrices expliquent en partie le succès de ces arbustes pour la faune.
Un paradis pour les fauvettes à tête noire, les orites à longue queue et bien d’autres espèces encore.
Un banc rocheux, terrain de jeu des lézards des murailles.
Le terril, ses bouleaux et ses "Terres Rouges", trouve son origine dans la couleur rougeâtre des résidus de schiste présent sur le site après extraction de l’alun, un type de composé chimique (en général un sel double de sulfate d'aluminium) utilisé en industrie, en pharmacie ou encore dans l’agro-alimentaire.
Une vieille chênaie-charmaie. Ce boisement caractérisé par des essences de lumière, de dimension variable, favorise des strates arbustives et herbacées assez denses et riches en espèce.
Par sa richesse en espèces, sa structure à plusieurs étages, les conditions d’ombre et de lumière changeantes mais aussi avec le microclimat qu’elle crée, cet habitat est important pour une multitude d’espèces de la faune et de la flore.
Marc Migon, Guide nature et Formateur à l'IPES Huy-Waremme

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